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 ¤ Chroniques d'une dynastie décadente ¤

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Loevi Leroy
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MessageSujet: ¤ Chroniques d'une dynastie décadente ¤   Mar 2 Sep 2008 - 15:43

Octobre 2010, deux semaines après la rentrée universitaire

Dans la vie de Loevi Leroy, tout allait bien. Bien mieux que quelques mois plus tôt, en tout cas. Elle avait renoué avec Elinor, et ça se passait plutôt bien. Eleanor était entrée à l’université et n’avait, pour l’heure, rencontré aucun problème, tant au niveau scolaire que social – bien qu’elle ait toujours été plus solitaire que la moyenne, héritage de sa lignée, sans doute. Elles passaient toutes les deux la semaine à Poudlard, puis rentraient ensemble pour le week-end au manoir, où elles ne croisaient que rarement Patrick Leroy, encore et toujours en voyage. Les choses s’étaient tassées.

Pourtant, dans l’ombre, Loevi était plus active que jamais. Elle avait réussi à nouer un contact avec la Résistance et, sur leur idée, s’était improvisée agent double. Bien sûr, elle devait encore faire ses preuves, leur prouver qu’elle était digne de confiance et de foi, mais le premier pas, le plus important, était fait. Elle ne faillirait pas.

Dans les esprits, la dynastie BloodDust était associée au nom d’Antarès ; même sans qu’on puisse trouver la moindre preuve contre eux, il était clair pour la plupart des gens que le patriarche de la dynastie soutenait les actions du sorcier. Loevi, elle, ne faisait pas partie de l’Opposition, officiellement ou officieusement, et n’avait pas l’intention d’intégrer leurs rangs. Mais elle bénéficiait d’une place de choix, et elle en avait conscience : Patrick Leroy était effectivement dans le camp du voleur du Calice. Mieux encore, il jouissait d’une excellente place dans les petits papiers de celui-ci, de sorte qu’il était systématiquement ou presque au courant de tout ce qui se tramait dans le camp de l’ennemi.

Elle avait toujours opposé une sourde oreille aux propositions à peine voilées de son père pour la rapprocher d’Antarès, et se félicitait à présent de ne plus l’avoir envoyé sur les roses après ses premières tentatives ; il ne lui avait pas fallu longtemps pour rentrer dans les grâces du sorcier français, qui restait convaincu que sa fille ferait le bon choix – le sien, bien entendu. Après tout, c’était lui qui l’avait élevée, cette fille ; il l’avait modelée comme une parfaitement marionnette. L’âge de rébellion était passé. Lui était ravi ; elle riait jaune. Mais elle supportait ses éloges et autres palabres avec courage, sachant que de la confiance que son père placerait en elle dépendait sa place au sein de la Résistance.

Jusqu’à présent, depuis deux mois qu’elle léchait les bottes de son père – mais pouvait-elle seulement le voir comme un père ? – Loevi n’avait rien appris. Elle savait qu’il faudrait du temps à son père avant de se permettre de parler librement devant elle, mais l’impatience la gagnait. Elle voulait agir. Et Patrick se contentait de louer la sagesse de sa fille qui l’avait amenée à choisir les bonnes personnes et à encenser Antarès et ses idéaux. Entendre toutes ces âneries débitées avec ferveur lui donnait envie de vomir.


-Je compte repartir bientôt en France, dit-il d’un ton badin, un soir de semaine où, exceptionnellement, Loevi était revenue au manoir.

L’étudiante sirota son thé sans rien dire ; voilà le genre de comportement qui confortait les gens dans leur opinion – le plus drôle, c’était qu’ils n’avaient pas tort. Patrick, en bon sorcier français à la botte d’Antarès qu’il était, avait grandement contribué à pourrir la situation dans son pays d’origine. Le pire, c’était que le bon Patrick passait encore pour un sauveur aux yeux de ces pauvres et crédules français. Quant à son poste de responsable des relations franco-britanniques, il lui était fort utile pour saboter, en douceur et en secret, lesdites relations…


-Quand auras-tu tes prochaines vacances ?

-Décembre, probablement… répondit la jeune fille, se mettant instinctivement sur ses gardes.

-Parfait, déclara Patrick. Je retournerai en France à ce moment-là, je pense qu’il serait bon que tu m’accompagnes, cette fois.

Loevi dressa les oreilles. Etait-ce le signe qu’elle attendait ? Son père commencerait-il enfin à penser qu’elle pourrait lui être utile ? C’était une bonne nouvelle en soi, cela signifierait qu’elle allait enfin pouvoir être utile à la Résistance. Mais si c’était un test que son père comptait lui faire passer… allait-elle encore devoir attendre la fin de l’année pour commencer à entrer dans les petits secrets de l’Opposition ? C’était trop loin, beaucoup trop loin, la Résistance n’allait certainement pas attendre aussi longtemps !

-D’accord, dit-elle, se forçant au calme. Est-ce que j’aurai quelque chose à faire, une fois là-bas, pour servir notre Maître ?

Il lui avait fallu un grand effort de volonté et de contrôle pour parvenir à prononcer cette phrase sans grimacer. Mais ce fut payant, car Patrick se permit un petit sourire en coin.

-Ecouter, observer, mémoriser, récita-t-il, avant de boire une gorgée de son whisky pur feu. Les meilleurs atouts qu’on puisse posséder en ce monde. Je considère ce petit détour comme un voyage d’initiation, tu apprendras et comprendras. Tu n’es pas faite pour l’action, ma petite Loevi, mais ça tu le sais déjà. Ce sera l’occasion d’aiguiser tes petits talents personnels afin qu’ils puissent servir notre Maître, comme tu le dis si bien.

Il but une autre gorgée de whisky, manquant de ce fait le fugace rictus moqueur de sa fille. S’il savait à quel point ces petits talents-là s’exerçaient déjà, et avec quelle assiduité ! Il s’en étoufferait dans son whisky, sans aucun doute. Ça valait presque le coup de tenter l’expérience.

-D’accord, répéta-t-elle, avant de se réfugier dans sa tasse de thé.

Le silence s’installa tandis que Patrick se perdait dans la contemplation de la cheminée, éteinte. La dernière vague de chaleur venait à peine de se terminer, et une température de saison s’était brutalement installée. Si Patrick avait eu la manie de tomber malade à chaque changement, il semblait à présent s’en accommoder avec facilité ; une petite aide de monsieur Antarès, peut-être ? Loevi profita que son père se désintéresse d’elle pour l’observer à loisir, cherchant à déceler chez lui… elle ne savait quoi.


*Quarante-quatre balais, toujours aussi beau, toujours aussi salaud…* songea-t-elle avec mépris. Lorsqu’elle avait incidemment appris la vérité sur cet homme qui se prétendait de Sang Pur, elle était tombée de bien haut. Non seulement ses parents étaient des Moldus pure souche, mais ils avaient eu l’indélicatesse d’abandonner leur enfant sans même le gratifier d’un nom de famille. Quand on voyait ce qu’était devenu leur gosse, on ne pouvait que les approuver, après tout. A moins que tout soit de leur faute ? Elle ne le saurait sans doute jamais. Quoi qu’il en soit, la seule chose qu’elle avait retenue, c’était que son nom, Leroy, sortait de nulle part. Au moins le nom BloodDust avait une signification, une histoire, même s’il était détestable.

Pour Loevi, de toute manière, son père avait tous les défauts. Qu’il soit beau, galant, organisé – la liste était longue – constituaient autant de défauts à rajouter à la liste. Et à ceux qui disaient que, malgré tout, il restait son père et qu’elle devait l’aimer, elle répondait :
“Merde”

-Comment se porte ta cousine, la petite Moon ? demanda Patrick à brûle-pourpoint.

Loevi se retrouva brusquement prisonnière du regard de braise de son père ; surprise, méfiante, elle mit un moment à retrouver assez de consistance pour pouvoir répondre d’une voix égale.


-Bien, père. Je m’étonne que vous demandiez de ses nouvelles…

Il agita la main comme si chassait une mouche, souriant comme si Loevi posait une question dont la réponse était l’évidence même.

-On parle beaucoup d’elle dans les grands cercles, en ce moment, dit-il, sans se douter de l’angoisse qui s’emparait soudain de sa fille comme un lent poison. Il paraît qu’elle a accompli quelques prodiges, durant ses ASPICs. Mais tu dois savoir ça mieux que moi, puisque c’est toi qui l’y accompagnais.

Il vida son verre et se resservit une bonne rasade d’alcool. Loevi, elle, était pétrifiée. Elle ne saisissait pas les implications de ce que sous-entendait son père, mais elle sentait que c’était mauvais. Très mauvais. La brusque notoriété d’Eleanor l’inquiétait. Elle n’avait jamais eu l’intention de la mettre sur le devant de la scène ; et jusqu’à maintenant, tout ne s’était-il pas bien passé pour elle ? Le pire était loin derrière, oublié, et Eleanor recommençait sa vie, de la manière la plus normale qui soit – pour un être comme elle. Ce que Loevi redoutait le plus, aujourd’hui, c’était qu’Eleanor se retrouve, d’une façon ou d’une autre, en danger. Que son père en parle, là, comme ça… ça ne pouvait pas être bon signe.

-Notre Maître a appris quelques détails intéressants sur elle, moi-même je n’étais pas au courant ! continua Patrick, apparemment ravi de la tournure des événements. Enfin quoi qu’il en soit, elle l’intéresse, et tout ce qui intéresse Antarès… Enfin. C’est une merveilleuse opportunité pour nous, qui l’avons sous notre protection ; une nouvelle occasion d’asseoir notre position au sein des partisans de notre Maître. Je la lui ai promise, il viendra la chercher le week-end prochain ; c’est un véritable honneur ! Je ne m’attendais pas à ce qu’il se déplace lui-même. Elle doit être vraiment unique en son genre…

Il tira un second verre d’une armoire, dans lequel il versa une généreuse dose d’un alcool dont Loevi ne retint pas le nom. Il lui retira sa tasse de thé et lui fourra d’office le verre dans la main, un large sourire sur les lèvres, sans se rendre compte de la soudaine apathie de la jeune fille.

-Portons-lui un toast, ma fille. A sa prochaine promotion !

Et il leva son verre, inconscient de la tempête qu’il avait créé dans le cœur de sa fille unique.

~ ~ ~
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: ¤ Chroniques d'une dynastie décadente ¤   Mar 2 Sep 2008 - 15:44

Vendredi 22 octobre 2010

Le château endormi crépitait sous le fracas incessant de la pluie ; depuis deux jours, elle s’abattait sans répit, avec une force démentielle. Les toits ruisselaient comme des cascades, le parc ressemblait à une flaque de boue géante et, par-dessus ce spectacle désolant, la pluie dressait comme un voile opaque d’un gris désolant. Minuit approchait. Courant à travers les couloirs déserts, le bruit de leurs pas couvert par le clapotis résonnant entre les murs, deux jeunes filles s’échappaient de l’école en grand secret. Au-dehors, dans la ville sorcière, les attendait un allié ; une aide providentielle, peut-être.

Depuis ce jour où elle avait traversé le temps avec Elinor, Loevi haïssait la pluie. Il lui semblait, aujourd’hui plus que jamais, que c’était un signe de mauvaise augure. Dissimulée sous sa grande cape, tenant sa cousine par la main, elle tentait de retenir les bribes d’espoir – ou de désespoir – qui l’avaient poussée à agir, à se tourner vers eux. Elle les implorerait s’il le fallait ; mais elle obtiendrait gain de cause. Parce qu’ils étaient dans le même camp qu’elle ; parce que, autant qu’elle, ils désiraient la chute d’Antarès.

Avec l’aide d’Eleanor, elle ouvrit l’un des battants de la grande porte ; au-dehors, un épais rideau de pluie les accueillit, comme une muraille qui se dresserait entre elles et la fin de leurs angoisses. Les souvenirs douloureux de son voyage dans le futur s’imposèrent à Loevi avec autant de force que l’eau du ciel s’abattait sur la terre ; accablée, elle sentit son courage l’abandonner, ses forces la quitter. Si les éléments eux-mêmes se liguaient contre elles…

La main d’Eleanor se posa sur son bras ; sa peau douce et tiède réchauffa le cœur de Loevi. Elles échangèrent un regard, et l’étudiante sentit sa détermination s’affirmer. Elle prit la main d’Eleanor dans la sienne et, rabattant sa capuche sur sa tête, s’élança avec elle sous les trombes.

Le chemin fut long ; le sol, glissant, menaçait de les faire tomber à chaque pas. La vue brouillée, les oreilles bourdonnantes, elles parvinrent au portail menant à Pré-au-Lard. La ville se dessinait sous leurs yeux, ses contours brouillés derrière le voile grisé qui les en séparait ; un peu plus loin, juste un peu plus loin. La Cabane de profilait déjà, tandis qu’elles avançaient sans faiblir. Peu à peu, elles devinèrent la lueur vacillante d’une bougie, dans l’une des pièces de la masure en ruines ; là les attendait l’homme qu’elles étaient venues rencontrer. Dans cette petite chambrette poussiéreuse aux cent toiles d’araignées, peut-être, se déciderait le sort d’une vie.


-Dépêche-toi… murmura Loevi.

Elles pressèrent le pas et, enfin, poussèrent la porte de la Cabane Hurlante.

La demeure branlante se balançait paresseusement en grinçant, comme le fantôme d’une jeune fille se consolant d’un amour perdu ; ne lui manquait que la voix, légère, fredonnant tendrement un air mélancolique. Au-dessus d’elles, le vent sifflait entre les planches disjointes ; écho d’un cri à glacer les sangs. Les deux jeunes filles se rapprochèrent l’une de l’autre, cherchant à se réchauffer, se rassurer. Leurs mains toujours unies, resserrant leurs capes autour d’elles, elles s’avancèrent à l’intérieur de la maison. Grimpèrent les marches tremblantes, avec la sensation d’être suivies, épiées.

A l’étage, les portes s’ouvraient et se fermaient lentement, au rythme des balancements des murs ; Loevi en repoussa une, derrière laquelle, elle le savait, se trouvait l’homme. Leurs regards se croisèrent à l’instant même où elle posait le pied dans la pièce ; même dans la faible lumière dispensée par une unique bougie, ses yeux brillants se discernaient parfaitement.


-Miss BloodDust, Miss Moon, salua-t-il poliment.

-Merci d’être venu si vite, répondit Loevi, resserrant son étreinte sur la main de sa cousine, à moitié dissimulée derrière elle.

-J’ai cru comprendre que c’était important, dit-il seulement.

Assis en tailleur à même le sol, indifférent à l’épaisse couche de poussière qui s’étalait devant lui, il leur désigna d’un geste un vieux canapé défoncé, dont le velours autrefois rouge était à présent rongé aux mites. Hésitant un court instant, les deux demoiselles allèrent s’y asseoir, gardant, toujours, la même proximité effrayée qu’elles conservaient depuis le matin. Face à elles, Mac, un nom de code, sûrement, restait impassible, alors même que Loevi enfreignait l’une des règles qu’il lui avait imposée : ne jamais amener personne avec elle lors de leurs rencontres. La présence d’Eleanor provoquait un malaise que nul n’était prêt à dissiper – chacun pour des raisons différentes des autres. Ce fut Mac qui rompit le silence.


-Vous savez qu’il existe un passage secret entre Poudlard et la Cabane Hurlante ? demanda-t-il avec un sourire narquois. Ça vous aurait évité de vous tremper pour rien…

-Je ne suis pas venue vous parler du temps qu’il fait, se renfrogna Loevi.

-Bien entendu, acquiesça-t-il. Alors ? Qu’y a-t-il donc de si important pour me faire venir par une nuit pareille dans cette bicoque crasseuse ?

-Je voudrais que vous sauviez Eleanor, asséna Loevi avec aplomb.

Elle ne s’adressait pas à une personne que son nom ou son rang pouvait impressionner ; mais, l’habitude n’aidant pas, elle avait utilisé ce ton si particulier sans même en avoir conscience. Mac la fixa d’un air circonspect, gardant le silence un long moment avant de répondre.


-Et qu’est-ce qui vous fait croire que nous allons satisfaire votre requête ? Vous ne nous avez toujours pas apporté de preuve de votre loyauté ; et votre pupille pourrait tout aussi bien n’être pas plus digne de confiance qu’un loup dans une bergerie, si vous me passez l’expression.

*Je ne vous la passe pas…* pensa-t-elle avec une nervosité grandissante.

-J’ai des informations, dit-elle. Sur Antarès ; sur certaines de ses actions. J’ai avec moi quelque chose qu’il veut, au point de se déplacer lui-même pour l’obtenir.

Elle le regarda droit dans les yeux, ménageant son effet. Ce qu’elle s’apprêtait à dire pouvait changer toute la donne, plus encore que le reste.

-Et je sais où il sera ce week-end.

Un silence pesant tomba sur eux ; les mots planaient entre eux comme autant d’épées de Damoclès. Ils s’affrontaient du regard ; l’un doutant, l’autre convainquant.

-En quoi cela concerne votre pupille ? demanda finalement l’homme.

-C’est elle qu’il veut, l’informa Loevi, presque à contrecœur. Elle et ses pouvoirs.

Il jeta un regard en coin à Eleanor, toujours silencieuse et immobile, assise au côté de l’Héritière BloodDust, probable alliée de la Résistance.

-Je veux bien admettre que cette fille a un fort potentiel, du moins à ce qu’on dit, mais de là à ce qu’Antarès lui-même se déplace pour elle… Il faudrait qu’elle soit spéciale…

-Elle est spéciale, affirma Loevi sans ciller. Regardez ses yeux, regardez-les bien. Soufflez votre bougie si vous n’y croyez pas. Vous comprendrez que je ne dis que la vérité.

Avec réticence, Mac se tourna vers Eleanor ; les yeux à la teinte gris bleuté de la jeune fille s’étaient portés sur lui avec la candeur d’une enfant innocente et la fermeté de l’acier. Loevi le vit ciller, pour la première fois depuis qu’elle le connaissait. Il fronça les sourcils et, comme elle l’avait conseillé, éteignit la bougie. Alors quelque chose de surprenant se produisit : au lieu de disparaître dans l’obscurité comme les prunelles chocolat de sa cousine, les iris opalescents d’Eleanor semblèrent briller dans le noir, luisant d’un bel éclat argenté, comme deux reflets de lune. Non, comme la lune elle-même.

Mac étouffa une exclamation de surprise et se pinça, à peine sûr qu’il ne rêvait pas. Loevi reprit, dans un murmure.


-Vous connaissez ce regard, Mac, n’est-ce pas ? Vous savez ce qu’il signifie. Ce que vous avez sous les yeux n’est pas une illusion, c’est la réalité. J’ai moi-même eu la preuve de ce dont il est l’un des symboles. Si vous ne me croyez toujours pas après avoir vu ça, je ne vois pas ce que je peux faire de plus.

Allumant sa baguette magique d’une incantation vibrante d’émotion mal contenue, Mac soutint son regard, hébété.

-Je veux juste protéger un trésor, monsieur Mac, soupira Loevi. Un bien précieux, une personne qui m’est chère. Je suis prête à tout pour renverser Antarès, mais à plus encore pour la protéger, elle. Et je sais que vous voulez aussi la protéger, monsieur Mac. Vous, et tous les Résistants, s’ils savaient ce que nous savons.

Silence. Elle le laissa réfléchir à son aise, sachant mieux que quiconque l’importance de leur situation. De longues minutes s’écoulèrent, avant que décision ne soit prise. Puis…

-Nous devons agir vite. Vous dites qu’il viendra la chercher demain, à votre manoir, sans doute, puisque c’est là qu’elle est censée se trouver.

Loevi acquiesça d’un signe de tête.

-Il ne doit pas la voir, surtout pas. Il faut la soustraire à son autorité, dès maintenant. Et pour cela nous devons l’éloigner de votre famille, de la façon la plus radicale qui soit.

-Qu’entendez-vous par là ? s’inquiéta l’étudiante.[color] [color=darkkhaki]Que voulez-vous dire par “de la façon la plus radicale qui soit” ?

-Vous devez renoncer à vos droits de tutelle.

-Pardon ? Je refuse !

-Vous n’avez pas le choix ! C’est ça ou Antarès s’en emparera, grâce à votre père ! Voulez-vous risquer de la perdre juste parce que vous refuser absurdement de vous séparer d’elle jusqu’à ce que tout soit fini ?

Loevi ne sut quoi répondre. Furieuse, angoissée, elle se rapprocha instinctivement de sa cousine. Celle-ci, sentant les tourments et hésitations de sa parente et tutrice, posa une main sur son épaule ; d’un sourire, tenta de la rassurer.

-J’y vais, Evi… souffla-t-elle, avant de lâcher sa main, puis elle se leva, pour aller rejoindre Mac, près de la porte.

-Nous la placerons sous la tutelle d’un membre de la Résistance ; elle sera étroitement surveillée. Rien ne pourra lui arriver, soyez-en assurée.

-Je l’espère… murmura Loevi, le cœur fendu.

Les deux jeunes filles restèrent un long moment, les yeux dans les yeux, en un silencieux adieu. Puis, lentement, Eleanor se détourna et sortit, suivie par Mac. Lorsque la porte du bas se referma en claquant dans le vent, Loevi laissa libre court à ses larmes. Larmes amères et douloureuses, témoins d’une blessure qu’elle avait à tout prix voulu éviter. Elle était seule, désormais. Comme elle l’avait craint : Mark, puis Eleanor ; les deux seuls membres de sa famille qu’elle ait jamais pu aimer, tous deux s’en étaient allés. Ne lui restait plus que l’espoir qu’incarnait encore Elinor dans son cœur. L’espoir qu’un jour, tout pourrait être meilleur.


~ ~ ~


Le lendemain, apprenant la disparition d’Eleanor, rapportée par Loevi à son père, Antarès annula son déplacement pour le manoir BloodDust. Seules quelques rares personnes surent ce qu’il fit à la place. Nul Résistant, de ceux postés aux portes du manoir, ne virent son visage, ne devinèrent sa présence. Patrick Leroy entra dans une fureur noire, lorsque sa fille lui fit part de sa déconvenue, le matin-même, lorsqu’elle était allée chercher sa cousine pour rentrer, comme chaque week-end, au domaine familial ; rien ne put calmer sa folie durant les longues heures qui suivirent. Avant de nouveaux incidents, qui effacèrent ce contretemps des esprits.

La semaine suivante, Eleanor changeait officiellement de tuteur. Et Loevi acquérait sa place au sein de la Résistance, au titre d’agent double.





Vu Si quelqu’un est intéressé pour la tutelle d’Eleanor, qu’il nous fasse signe, à elle ou à moi. Au vu de ce que nous avons prévu, il peut y avoir quelque chose d’intéressant à jouer…
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